Historique

2014 : La genèse du projet à Saint-Laurent-de-Trèves

En 2014, le foyer rural de Saint Laurent de Trèves menait un premier projet de collectage de savoirs et savoir-faire populaires sur les communes de la vallée du Tarnon. Plusieurs mois durant, sous la supervision de l’association « Clair de terre1 », une ethnoécologue cévenole (Sophie Lemonnier) a arpenté les hameaux de la vallée pour aller à la rencontre d’une quinzaine d’informateurs en les interrogeant sur leur rapport intime au territoire, les savoir-faire populaires, leurs ressentis sur la vie matérielle et sociale d’hier et d’aujourd’hui. Tout au long de ce travail de terrain, le comité de pilotage du projet a pu constater l’impact très fort qu’avait ce travail de collecte de mémoire sur les personnes interrogées : toutes manifestaient un réel désir de partager et de transmettre leurs connaissances.

Lors de la restitution publique des résultats des enquêtes, en décembre 2014, les habitants ont été touchés par la richesse et l’intérêt de la matière collectée : des membres de famille vivant dans ces lieux depuis toujours ont déclaré en substance n’avoir jamais imaginé apprendre autant de choses sur leur propre territoire. Ce compte-rendu d’enquêtes a fait l’objet d’un document de synthèse de 80 pages, accompagné de nombreuses photos collectées auprès des habitants, qui a été imprimé et est en cours de distribution aux habitants pour leur retransmettre la richesse de cette première collecte. (document joint au présent dossier), et leur donner envie de participer à la suite du projet.

A l’occasion de ce premier travail, nous avons pris conscience que le partage de mémoires autour de savoirs et savoir-faire populaires crée du lien social. Des gens d’origines socioculturelles différentes (cévenols de souche ou nouveaux arrivants, jeunes et aînés, chasseurs et non chasseurs…), qui d’ordinaire se rencontrent peu, voire entretiennent une certaine défiance les uns vis à vis des autres, se sont parlés, ont échangé avec intérêt et respect. Les savoirs et savoir-faire ancrés dans un territoire constituent un terrain d’intérêt commun suffisamment fort pour transcender les différences et les tensions. Les mettre en commun participe à faire changer le regard des uns sur les autres, et à rendre la vie collective plus sereine et plus riche.

Sur la base de cette constatation, le foyer rural de Saint Laurent a décidé d’entreprendre un projet sur trois ans, à la croisée de deux objectifs complémentaires : continuer à collecter et valoriser les savoirs et savoir-faire populaires ancrés dans le territoire, et renforcer les liens inter-sociaux et intergénérationnels.

Ces deux objectifs pourraient sembler difficilement compatibles : la collecte de savoirs et savoir-faire populaires nécessite une démarche ethnographique, presque scientifique, cadrée méthodologiquement, alors que le renforcement des liens passe par la convivialité, la spontanéité, la différenciation.

L’originalité du projet réside dans l’articulation constructive de ces deux dynamiques en apparence opposées. Elle repose sur le parti-pris méthodologique suivant : rendre les populations actrices du projet, de toutes les manières possibles. Tous ceux qui le souhaiteront seront formés à la pratique de l’enquête ethnologie, puis accompagnés dans leurs travaux de recherche et dans les modes de retransmission.

2016 : Formation des habitants

La clé de voûte de cette démarche sera une session de formation des habitants volontaires à la démarche ethnographique. Cette session porte tout l’esprit du projet. Il n’y a pas « les enquêtés » d’un côté et « les enquêteurs » de l’autre : chacun peut être tour à tour l’un ou l’autre, toute personne vivant sur ce territoire étant potentiellement riche de savoirs et savoir-faire en lien avec ce territoire.

Une première session d’une durée de 5 journées sera menée pendant les vacances de la Toussaint 2015. Elle sera encadrée par Anaïs Vaillant et Katia Fersing, deux ethnologues de l’association « Clair de Terre » qui a accompagné la première partie du projet. Elle sera ouverte à 15 stagiaires habitant le territoire concerné par le projet. (voir le programme en encadré). Une session d’approfondissement et de suivi sera programmée en 2016.

2017 : La méthode se construit

Suite à cette formation, les apprentis ethnologues se mettront au travail sur les thèmes d’étude qu’ils se seront choisis, en enquêtant auprès des personnes ressources identifiées sur ces thèmes. Tout au long des trois années que durera le projet (ou au delà s’ils souhaitent poursuivre en autonomie) il seront accompagnés en permanence par les professionnels de l’association Clair de Terre qui seront garants des méthodes et des contenus.

La méthode se construit peu à peu, sur plusieurs types de temps :

Des réunions ont pour objectif d’identifier les personnes intéressées par un thème donné, et de commencer à recueillir des informations et témoignages sur ce thème. Elles sont annoncées publiquement (dans la presse, par courrier, par affichage, par téléphone…) et se déroulent dans une salle bien identifiée par la population (salle communale d’un des villages du territoire concerné), ou dans certains cas, une maison de retraite, un hôpital… Le thème du jour est présenté par divers moyens (projection de photos, d’un film, témoignage d’une personne ayant des connaissances sur le thème, dégustation de produits liés au thème, etc.). Les participants sont invités à échanger en direct. Ce sont des moments très animés et conviviaux car chacun a souvent beaucoup des choses à dire, mais cela ne permet pas de recueillir énormément d’information car il y a beaucoup d’appartés, de conversations mélangées … Ces réunions en revanche permettent d’identifier les personnes qui ont des savoir-faire à partager concernant le thème. Un apéro ou un repas viennent clôturer ces moments.

Les entretiens ont pour objectif d’approfondir la thématique. Ils se font en petit comité (un à trois participants) et rassemblent les personnes qui ont été repérées à l’occasion d’une réunion comme ayant des savoirs ou savoir-faire concernant le thème. Elles se déroulent généralement chez la personne enquêtée, qui se trouve ainsi dans son environnement familier. L’entretien se déroule selon une démarche ethnographique classique, avec une grille d’entretien, qui permet de recentrer régulièrement la discussion. Le petit effectif et la démarche employée permettent d’aller beaucoup plus loin dans le travail de mémoire. Parfois, quand c’est possible, l’entretien peut avoir lieu sur le terrain, les paysages et éléments observés sur le vif permettant d’enrichir encore le témoignage. C’est à ces occasions que se recueillent réellement les informations les plus riches et utiles.

Les journées d’animation thématique servent à la fois à diffuser ces savoir-faire dans la population et à en collecter de nouveaux, les éclairages apportés déclenchant de nouveaux témoignages. Les personnes qui ont un savoir-faire sur le thème sont invitées à les partager, entre eux, mais aussi avec les autres participants, de tous âges et toutes origines. Ce sont des moments très importants du point de vue du lien social et intergénérationnel, car le « geste » a un impact important, notamment auprès des enfants qui apprennent ainsi des seniors. Il n’est pas rare que des liens durables se créent à l’occasion de ces journées. Exemple d’animation thématique récemment organisée (octobre 2017) : « Fabrication de fer, et forge ». Sur un week-end : recueil de minerai dans la nature, construction d’un four d’argile, et fusion du minerai (voir photos).

Les retransmissions interviennent en cours ou en fin de projet. Elles sont ouvertes à toute la population. L’ethnologue qui a mené le travail sur le thème présente une synthèse des informations recueillies, avec photos, vidéo et audio. Les personnes ayant participé aux réunions, aux entretiens et aux journées thématiques témoignent sur leurs savoir-faire concernant le thème, pour enrichir et diversifier la retransmission. Le livre final du thème, s’il y en a un, est présenté à l’occasion d’un moment de ce type.

2018 – 2021 : deux grands thèmes : l’école, et les relations des cévenols avec leurs champignons

2022 – 2025 : incursion entre Causses et Gorges du Tarn

2026 : Vers de la transmission ?

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