Objectifs

Le territoire dans lequel nous vivons aujourd’hui a été traversé, depuis le milieu du XIXème siècle par de profondes mutations sociétales. Les paysages qui nous entourent en gardent de nombreuses traces.

Une des principales concerne les pratiques agricoles et la vie de communautés associées à ces pratiques : nous sommes progressivement passés d’un monde paysan marqué par la pluriactivité et la circulation des biens à une échelle locale, à des exploitations agricoles spécialisées et mécanisées, pouvant s’inscrire dans des réseaux de diffusion élargis, voire mondialisés. Ce monde paysan, aujourd’hui révolu mais dont la mémoire des habitants garde l’empreinte profonde, semble avoir constitué un monde « total », où le sentiment d’appartenance à la communauté se tricotait en lien étroit avec une terre qu’il fallait travailler pour en tirer subsistance : chaque lieu était utilisé, connu et nommé. En s’imposant, notamment après la seconde guerre mondiale, le second modèle a favorisé l’accès à la consommation de biens et de loisirs, à un mode de vie plus facile : Augustin Berque dirait ainsi que la modernité a produit une acosmie, c’est à dire un détachement progressif des hommes avec les lieux et les choses.

Cette mutation, souvent qualifiée de révolution, a bien sûr concerné l’ensemble du monde rural français, mais, sur nos territoires marqués par des contraintes naturelles fortes, elle a été plus tardive qu’ailleurs, les habitants se vivant alors comme les oubliés de la modernité (époque à laquelle Ruspoli a réalisé sur nos territoires lozériens son superbe film documentaire « les inconnus de la terre »). Changement plus tardif certes, mais non moins bouleversant puisqu’il s’est accompagné d’une véritable hémorragie de population en direction des villes.

Dans cette évolution apparemment inexorable, les années 70 marquent toutefois un changement de cap. La postmodernité vient donner corps au discours critique qui remet en question les notions de progrès et de modernité. En Cévennes, c’est le moment de l’arrivée successive de nouveaux habitants (les dits « néos ruraux ») qui ont choisi de s’implanter sur ce territoire pour sa qualité de vie, ses paysages et aussi pour la possibilité d’y expérimenter un mode de vie alternatif, moins imprégné du diktat de la société de consommation : il s’agit de s’inspirer de certaines des valeurs du monde paysan pour les conjuguer avec les acquis du monde d’aujourd’hui. Bruno Latour parlerait ici de compositionnisme. Mais il s’agit aussi de se reconnecter au milieu de vie, retrouver du sens, se « recosmiser » (Berque).

Nos « territoires marginaux » d’hier, considérés comme les retardataires de la modernité, sont-ils en passe de devenir les « territoires d’avenir » d’aujourd’hui ? La labellisation accordée récemment par l’Unesco est sans doute un des éléments révélateurs  en ce sens.

C’est dans ce contexte que nous souhaitons interroger aujourd’hui l’avenir de notre territoire à la lumière de son passé. Ainsi avons-nous formulé en guise de problématique deux questions transversales pour nous guider dans notre travail :

  • Comment les mutations de notre société rurale se sont-elle opérées, quels en ont été les moteurs et comment ont-elles été vécues dans notre territoire ?
  • Dans quelle mesure les savoirs et savoir-faire élaborés dans un monde paysan aujourd’hui révolu peuvent-ils nourrir et accompagner les pratiques actuelles qui se développent ici (agriculture diversifiée et écologique, éducation à l’environnement …) ?
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